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P. Collin est directeur du Conservatoire
Régional d’ Espace Naturel de Franche-Comté qui a pour mission de
gérer les milieux naturels les plus remarquables de Franche-Comté.
Les
changements économiques intervenus durant la seconde moitié du XXe siècle ont considérablement modifié les usages des fonds
ruraux et le début des années 70 représente un véritable tournant
pour les écosystèmes agricoles (Fottorino, 1989 ; Altesor et
al., 1998 ; Austad & Losvik, 1998 ; Stampfli & Zeiter M.,
1999 ; Alard & Poudevigne, 1999 ; Ihse & Lindahl, 2000 ; Collin et
al. 2000). Schématiquement, on peut distinguer deux cas avec, d'une
part l'abandon des zones peu productives, et d'autre part
l'intensification des autres secteurs.
Montillot
est directement concernée par les mutations du monde agricole et le
second remembrement ne fait qu'exacerber ce phénomène. Cet article a
été réalisé à partir des opérations de suivi des mesures agri-
environnementales (MAE, un des nombreux sigles de l'agriculture) menées
en Franche-Comté. Son but est d'apporter des éléments de réponse aux
conséquences des changements de pratiques agricoles vis à vis des
habitats naturels et des espèces que l'on peut rencontrer dans les
"écosystèmes agricoles".
De l'intensification
Plusieurs
facteurs ont contribué à l'intensification de l'agriculture avec en
particulier une énergie disponible et bon marché qui a favorisé une
augmentation des intrants (engrais, pesticides, irrigation, mécanisation)
et une refonte des paysages (Pointereau, 1999).
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Une des premières conséquences
de l'intensification a été de créer un déséquilibre entre les trois
grands types d'occupation du sol (Lerat, 1993) : les surfaces en céréales
et oléoprotéagineux (SCOP), les surfaces toujours en herbe (STH) et
les friches et forêts (la distinction de ces deux formations serait
souhaitable). En particulier, la surface toujours en herbe a beaucoup
diminué essentiellement au profit des céréales et surtout des
oléoprotéagineux.
Tandis que la France perdait 25 % de ses prairies permanentes de
1979 à 2000, la Bourgogne voyait les siennes diminuer de 15 %
soit une perte de 125 723 hectares ha. Dans le même temps la surface
destinée à la culture des oléagineux était multiplié par 5,2 (+
165 371 ha). Il est également important de noter, durant la même période,
la spectaculaire (et inquiétante) progression du drainage par drains
enterrés avec un accroissement des surfaces "assainies" de
214 % (+ 108 871 ha) en Bourgogne. La diminution parallèle de la
surface agricole utile, environ - 3 % soit
47 112 hectares, est également symptomatique de ce processus.
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La
perte de biodiversité animale et végétale est une des conséquences
de cette intensification (Kornas, 1983). On observe depuis quelques années,
à travers l'Europe, une diminution des populations d'oiseaux inféodés
aux paysages agricoles et cela même chez les espèces les plus banales.
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Par exemple, une étude menée en Angleterre a mis en évidence une
diminution de 60 % des populations de Bruant jaune (Emberiza
citrinella) et d'Alouette des champs (Alauda
arvensis) au cours des 25 dernières années (Crick et al., 1998). Un constat analogue peut être dressé par exemple,
pour la Franche-Comté (Piotte et al., 1984 ; François &
Michelat, 1996-98). Ce déclin a été mis en parallèle avec les
changements majeurs intervenus dans la conduite des exploitations
agricoles qui ont abouti à d'importantes modifications dans la
structure des habitats (Rands, 1985 ; Robertson & Berg, 1992 ;
Broyer, 1988, 1994, 2000 ; Tucker & Heath, 1994 ; Stroate, 1996 ;
Robinson & Sutherland, 1999).
Des changements analogues ont été
observés chez diverses populations d'arthropodes avec pour origine
essentielle la diminution ou la disparition de la flore naturelle des
cultures (Aebischer & Potts, 1990 ; Hald, 1999).
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Les plantes des
moissons, ou messicoles, font partie des taxons parmi les plus menacés
par l'intensification de l'agriculture (Mortimer, 1997 ; Haas &
Streibig, 1982). Dans le département du Jura, elles ont fortement
diminué puisque 21 % des espèces, sur une liste de 86 plantes, ont
aujourd'hui disparu et 42 % d'entre elles ont vu leurs effectifs
diminuer de façon significative depuis la fin du 19e
siècle (Collin et al., 2000).
Les causes de la régression de ces espèces sont aujourd'hui bien
connues : mécanisation, tri des semences, utilisation de variétés sélectionnées,
épandage de fertilisants et d'herbicides, abandon de l'assolement et
utilisation de nouvelles espèces (Haas & Streibig, 1982 ; Aboucaya et
al., 2000).
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Les prairies n'échappent pas non plus à cette baisse
de la biodiversité du fait de (Green, 1990; Broyer, 1988, 1994 ;
Magnanon, 1991 ; Daudon, 1993 ; Muller, 1996 ; Grévilliot &
Muller, 1995, 1996) : l'augmentation de la fertilisation qui aboutit à
une eutrophisation du milieu entraînant alors une disparition des espèces
oligotrophes ; l'augmentation du taux de renouvellement de la prairie
qui perturbe le milieu et qui cause des difficultés de survie pour
certaines espèces vivaces ; l'introduction massive d'espèces génétiquement
améliorées qui augmente la compétition interspécifique et entraîne
une disparition des espèces non compétitives ; les modifications des
propriétés hydriques et physico-chimiques du sol telles que le
drainage qui conduit à la disparition des espèces de milieux humides
ou le chaulage qui fait disparaître les espèces calcifuge ; la fauche
précoce qui empêche la reproduction des thérophytes et des espèces
à fructification "tardive" ; l'utilisation de pesticides
(anti-mousse, bromadiolone, etc.)
et la déprise agricole dans certains cas.
La
plupart des paysages européens sont le résultat de corrélations entre
l'environnement et l'agriculture (Kornas, 1983).
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La structure spatiale
du paysage est un élément déterminant de l'abondance locale d'une espèce
et cela indépendamment de l'effet de la qualité des habitats (Opdam,
1991 ; Wiens, 1995 ; Hanski, 1999 ; Selinger-Looten et
al., 1999). L'intensification de l'agriculture implique des
changements paysagers tels que l'agrandissement de la taille moyenne des
parcelles, la suppression des haies et des talus, le drainage, le
regroupement des types de cultures, etc.
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Outre les effets paysagers, hydrauliques et climatiques, il en résulte
une fragmentation des habitats qui affecte la dynamique des populations
végétales et animales dans ces processus fondamentaux : migration et
colonisation (Giraudoux et al., 1997 ; Hanski, 1999 ; Alard & Poudevigne, 1999).
Une des
questions récurrentes posée par les gestionnaires de milieux naturels
concerne l'échelle pertinente pour la conservation de la biodiversité.
Les niveaux d'interactions entre paysage et agriculture sont dépendants
du type d'exploitation mis en place, c'est-à-dire : à quel point les
conditions naturelles ont-elles contraint les pratiques agricoles et
dans quelle mesure l'agriculture a-t-elle façonné l'environnement ?
La détermination de ces corrélations aboutit à une appréciation de
l'organisation du paysage qui correspond à un ensemble d'unités agro-
environnementales connues en France sous le nom de terroirs chez
les agronomes ou d'éco- complexes chez les écologistes. Ces unités
paysagères sont elles-mêmes composées de différentes parcelles qui
font l'objet de pratiques agricoles homogènes mais qui peuvent parfois
présenter une mosaïque de plusieurs communautés végétales. Chacune
de ces communautés (ou habitat) constitue l'unité écologique de base
à partir de laquelle on détermine la valeur patrimoniale du milieu et
son mode de gestion (Muller, 1996 ; Alard & Poudevigne, 1999).
La
notion de paysage est indissociable de celle de biodiversité et
l'agriculture joue un rôle clef dans leur mise en place,
l'intensification des zones productives et l'abandon des secteurs moins
rentables sont deux expressions extrêmes de ce processus. Toutefois,
intensification et abandon n'ont pas les mêmes effets sur
l'environnement et incontestablement, le vrai défi pour l'agriculture
consiste à "renaturaliser" les secteurs conduits de façon
intensive.
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