Achille
chassait dans les bois interdits…Repéré et poursuivi par les
gardes, il traverse les jardins en courant et rejoint son
atelier. Vite, il met le sac contenant le chevreuil dans un
tonneau ouvert, pose le fond tout prêt et cercle le fût …Sûrs
de l’avoir reconnu dans le bois, les gardes arrivent et
trouvent un brave homme de tonnelier au travail , avec son
tablier de cuir, ahuri de se voir soupçonné. Après avoir
fureté dans quelques coins, ils s’en vont …Au revoir,
Maurice, dit Achille !
Livraison
de spiritueux
Eusèbe
était « cafetier-tonnelier » entre 1850 et 1890. Il
avait un fils curé à Massangis. Périodiquement, il allait en
voiture à âne lui livrer du vin avec un laissez-passer de la Régie.
Mais il ajoutait discrètement, pour éviter les frais, un petit
tonnelet d’eau-de-vie…La « goutte » était placée
dans un tonnelet déposé en premier à l’intérieur du fût
vide, fond retiré ; puis il plaçait le fond , serrait les
cercles et remplissait de vin.
Le curé
appréciait, paraît-il, le fruit de la vigne et ses dérivés !…
Pas
d’alcool pendant la messe
C’était
une règle imposée par l’Eglise, et dont De LENFERNAT,
lorsqu’il était maire, de 1860 à 1870, voulait assurer
l’application…Or il se trouva qu’un homme de Lac-Sauvin,
venu faire des courses à Montillot un dimanche matin, se fit
servir à boire au bistrot d’Eusèbe. Le Maire ferma le café
huit jours, mitle
fautif en « garde-à-vue » dans un local fermé au
bord de la grand’rue. Pour le faire sortir, sa famille dut
faire amende honorable devant le maire plusieurs dimanches de
suite…
Premier
vol
L’huilier
B. avait l’esprit inventif. Un jour, il imagine et réalise
un casse-noix… Une autre fois, il équipe les bras de son frère
d’espèces d’ailes volumineuses en bois, et lui dit : « Monte
à l’arbre ! » . Arrivé péniblement là-haut,
l’aviateur crie :« Adieu,
mon frère ! » , se lance …et s’affale sur le sol, la
jambe cassée.
Ivrognes
et farceurs
Jules,
maréchal, devenu veuf, aimait jouer au billard au bistrot de la
« Garnière ». Un jour, il s’énivre, et un groupe
de jeunes compatissants le ramènent à la maison, et lui préparent
son souper : une omelette qu’il trouve très bonne ;
pour lui, des cornichons en lamelles…En fait, ô malice, …
des sangsues !
Pierre
est allé porter ses produits au marché de Clamecy. La vente a
été bonne. Avant de repartir, il a rencontré des copains, et
, fait rare de sa part, il est un peu « pompette ».
Sur le chemin du retour, le groupe s’arrête au bistrot à
Asnières. Ses compagnons chuchotent : « on va le
finir !… ». Le voilà ivre-mort . Qu’en fait-on ?
– Une voix suggère : « on va l’enterrer ! »
. Aussitôt, on l’allonge sur une table, on étend un drap
par-dessus, on dispose des bougies tout autour
…L’aubergiste, quelque peu croyant, refuse de prêter son
crucifix. L’un des compagnons, chantre à Montillot, fredonne
prière et hymnes religieux…Au bout d’un moment, le dormeur
ouvre l’œil ; d’abord ahuri, il saute d’un bond.
Tous partent en courant…
Une autre
fois, c’est P. que les jeunes transportent en brouette,
ivre-mort et nu, après l’avoir « peinturluré »
en peau-rouge avec de la teinture d’iode et des plumes ici et
là. Ils le ramènent chez lui, rue des Hâtes, ouvrent la
porte, et retournent la brouette à l’entrée de la cuisine,
laissant sa femme s’occuper de lui ensuite !
Autour
d’un alambic, flottent des vapeurs d’alcool chaud ; on
discute ferme, on s’échauffe, et on boit ! Cette fois-là,
c’était le N. qui, faisant le « saoul »
avait entrepris d’énivrer Adolphe . Il y parvient
facilement : Adolphe a son compte ; un discret coup de
coude le fait basculer dans un tas de pépins de raisin !
Prévenus, femme et fils apostrophent le N. qui répond avec
justesse : « Quand il buvait, c’est bien lui qui
tenait le verre ! »
Intervention
de la maréchaussée
La « Garnière »
était très conciliante avec les jeunes . Souvent, après
l’heure de fermeture, elle leur permettait de continuer à
jouer aux cartes à l’arrière de la salle de bistrot, dans sa
cuisine.
Or, un soir,
« Pan-pan » à la porte : « Police,
ouvrez ! ». Les garçons disparaissent et les
gendarmes, voyant les verres inachevés : « Où
sont-ils ? »--
« Ils sont partis depuis longtemps ! »--« Ah ! Tiens ! Votre horloge est arrêtée
, voyons ce qu’elle a ! » . La porte ouverte, on
trouve un gars recroquevillé derrière le balancier …Procès-verbal,
deux ou trois noms relevés …Mais devant le Juge de paix de Vézelay,
il en est venu dix ! Le juge dit à la « Bistrote » :
« Vous leur serviez du vin chaud ! ».
Un « zigoto »
répond dans son patois : « çô pas vra, elle
nous le sert fré ! ».
Le juge,
sourire en coin, fixe une amende globale à cette bande dejoyeux lurons et à la trop aimable aubergiste…
On
a volé la pompe !
Un dimanche
par mois, on essayait la pompe à incendie à la mare du Puits
Martin. La Compagnie de pompiers était alors sous les ordres du
Lieutenant Edouard P., brave homme, âgé et imbu de sa
fonction. C’était après la guerre de 14. J’étais pompier
ainsi que d’anciens « Poilus ». Un jour, deux
anciens, d’esprit farceur se font comprendre des jeunes par un
clin d’œil …Contrairement aux ordres du Chef, on avait
l’habitude d’aller au bistrot après l’exercice, avant de
rentrer la pompe, la garant seulement en retrait de vue du café.
Cette fois-là, en sortant, plus de pompe ! Branle-bas,
effervescence, colère d’Edouard …Quelques heures après, on
a retrouvé la pompe derrière une haie, champ des Hâtes … !
Le
plaideur puni
Le « Gros
Charles » , comme un certain nombre de gens du
village, plaidait « à répétition ». Le Juge de
paix le connaissait trop bien et en était agacé.
Un jour ,
c’est le cheval d’un voisin qui, ayant arraché son piquet,
s’est baladé avec sa chaîne dans le champ de luzerne du Gros
Charles … « Combien le cheval a-t-il mangé de
bottes d’herbes dans la nuit ? », demande le juge ;
l’interpellé répond : « oh ! vingt, Monsieur
le Juge !». Réponse : « Un cheval ne mange pas
vingt bottes dans une nuit ! Débouté, vous êtes condamné
aux dépens ! »…En sortant , le plaignant reconnaît
qu’il s’est trompé de mot, et aurait dûrépondre « saccagé » etnon « mangé » !
L’usurier
Auguste
était un artisan sérieux et travailleur, mais il aimait
dominer, et savait faire « travailler » l’argent
qu’il avait accumulé. A cette époque, on ne payait les
travaux qu’en fin d’année, et Auguste disait à ses débiteurs :
« Si tu es gêné, tu me paieras quand tu pourras ! »
Quelque temps après, il « mettait la pression »…
J’ai assisté à la scène qui suit . Rendez-vous donné à
l’auberge ; arrive un homme qui, s’adressant à
Auguste, lui dit : « Vous m’avez convoqué ?- « Oui, mon vieux L. ; il faut me payer ce
que tu me dois ! » -« Mais vous m’avez proposé
vous-même…. » ;- « Eh oui, mais je suis gêné,
et si tu ne me paies pas, je dois emprunter et payer intérêt…Je
te propose de t’engager par écrit à me payer les intérêts
à 10% … ! » - « Comprenez-moi ,
Monsieur, j’ai 7 enfants à élever ! » Réponse
d’Auguste : « Quand on ne peut élever des enfants,
on n’en fait pas ! ».
Stupéfait
et scandalisé, le pauvre L. dut accepter…